J’ai rejoint le projet OCEANLINKS en contrat postdoctoral en janvier 2026 afin de travailler spécifiquement sur la tâche « Aire d’étude des stations marines et régionalisation des savoirs ».
Avant cela, j’ai soutenu en 2025 une thèse à l’université d’Édimbourg qui portait sur les (im)mobilités vers le terrain des ornithologues marins en Arctique. Autrement dit, je m’intéressais à la manière dont les chercheurs choisissent les lieux où ils collectent des données scientifiques, à travers le cas de l’étude des oiseaux marins. Les oiseaux marins sont mobiles, alternant entre des colonies bien souvent éloignées de toute présence humaine lors de leur saison de reproduction et la haute mer durant leur migration. Ainsi, pour les chercheurs, il s’agit de négocier leur accès aux oiseaux en sélectionnant des colonies où ils peuvent non seulement venir, mais surtout rester et revenir, parfois durant plusieurs décennies. Le concept d’(im)mobilité s’est imposé pour interroger l’entrelacement des trajectoires entre chercheurs et oiseaux marins, qui négocient et renouvellent les colonies comme « terrains scientifiques » au gré de leurs allers et venues.
Cette thèse est aussi un effort de dialogue entre la géographie humaine et la sociologie des sciences et des techniques, STS, menée principalement au sein du laboratoire STIS (Science, Technology and Innovation Studies) de l’université d’Édimbourg, sous la co-direction de Niki Vermeulen, également membre du projet OCEANLINKS. À travers ce travail, j’ai interrogé la géographie de la science et des savoirs écologiques, pour étudier non seulement comment des lieux émergent comme terrains scientifiques, mais surtout comment ils sont maintenus, transmis ou disparaissent. J’ai mené une série d’entretiens avec des ornithologues marins et fait plusieurs terrains ethnographiques : à Skomer (Pays de Galles), à Boulogne-sur-Mer (France) ainsi que plusieurs fois en Islande (et en particulier sur l’archipel des Vestmannaeyjar). Parmi les résultats de ma thèse, j’ai montré comment le choix de terrains façonne les trajectoires scientifiques des ornithologues, j’ai étudié l’enjeu des suivis à long terme et leurs évolutions dans un contexte de projectification de la recherche, et exploré le rôle de nouvelles technologies comme le tracking des oiseaux dans les reconfigurations des pratiques de terrain.
Dans mon nouveau rôle de postdoc, je travaille toujours sur la question des trajectoires scientifiques et des choix de terrain dans la géographie des sciences marines. J’explore le rôle des stations marines dans ces trajectoires, à travers l’angle de la régionalisation : par exemple, travailler dans une station sur la façade méditerranéenne implique-t-il nécessairement d’étudier l’environnement méditerranéen ? Je m’intéresse en particulier à la spécialisation dans les régions polaires et à son intégration avec l’étude des enjeux écologiques dans l’environnement local des stations. Pour cela, je réalise des entretiens avec des chercheurs, j’ai effectué un petit travail ethnographique à la station de Banyuls et je compte mener un travail d’observation approfondi auprès du master Sciences de la Mer de Sorbonne Université.
